New York comme sur un fil !
New York était d’abord une rumeur. Dans la pauvre Europe, on rêvait cette ville avant de l’aborder. Puis, après une traversée dans les cales les plus infâmes, la brume se levait sur le skyland de Manhattan et la flamme jaillissait dans le petit matin. Rien n’a vraiment changé depuis les pionniers. New York, nous y sommes tous allés : « Quand on se rend dans la grande ville américaine on va voir ce que l’on connaît déjà, écrit Juan Carlos Mondragon dans son roman Passion et oubli d’Anastassia Lizavetta. Tout le monde a traversé le pont de Manhattan en décapotable […] Nous avons tous fait au moins une fois du jogging dans les allées de Central Park et survolé en hélicoptère les gratte-ciel quand le soleil couchant est cent fois reflété dans les vitres des Tours jumelles…».
Oui, avant même l’aéroport, New-York nous a donné tant de souvenirs : Marilyn et sa jupe blanche soufflée par le métro sur Lexington Avenue. Suze au bras de Bob Dylan le long de Jones Street enneigée et sur la pochette d’un 33 tours. Le vibrato de Sinatra qui rivalise avec les sirènes de police. Pour les plus jeunes, les « flows » mêlés de Jay-Z et d’Alicia Keys qui montent comme les fumées de la « jungle de béton dont les rêves sont faits ». New York traverse le temps et séduit toujours de nouvelles générations. New York qui se réinvente constamment, redessinant aujourd’hui les rues de Brooklyn ou de Harlem.
J’ai rencontré bien des amoureux de New York. Un rocker, un architecte, un marginal qui shootait dans des boîtes de lait avec un club de golf…
Personne ne m’a mieux parlé de cette ville que Philippe Petit, le funambule qui par un matin d’été 1974 voyagea sur un fil entre les deux tours du World Trade Center. Un soir il m’a raconté ce qu’il avait vu. Il m’a décrit le ferry de Staten Island, la mer au loin, les embouteillages sur le George Washington Bridge, les oiseaux, les taxis jaunes, la foule pressée qui partait travailler 110 étages plus bas. Il m’a décrit le vent, le bruit de son pas sur le câble, les pulsations de son coeur. Je ne marcherai jamais à 417 m du bitume.
J’ai pourtant le sentiment d’avoir vécu cela en descendant Broadway ou en traversant le pont de Brooklyn. A New York, chacun se sent comme un sur un fil. En équilibre, heureux, minuscule et libre.
Adrien Gombeaud
Journaliste et écrivain. A notamment publié Une blonde à Manhattan (10/18).