L.A. fragile et majuscule
Cité folle, ligne d’arrivée de la conquête de l’ouest, Los Angeles n’est que l’extension sans fin d’une modeste bourgade mexicaine. La route reste la meilleure façon de s’y rendre. Dans le pare-brise se joue une superproduction hollywoodienne. Le déroulé accéléré de l’histoire de la ville. Avec, en guise de générique, un monstre tentaculaire qui jaillit du désert.
Par avion, la nuit, on découvre une cité provocante et scintillante. Une californienne alanguie sur le rivage, dûment ligotée de kilomètres d’autoroutes. Revient alors à nos oreilles l’air familier de « L.A. Woman », l’écho rageur et sombre de Jim Morrison : « City of night, city of night ! Come on! ».
De nuit comme de jour, n’y cherchez pas de centre ville. West Hollywood, Santa Monica, Watts, Bel Air, Pacific Palisades… Los Angeles n’est qu’un puzzle de quartiers sous un ciel sillonné d’hélicos. L’anglais rivalise à peine avec l’espagnol et côtoie le chinois, le tagalog ou le coréen. L’Asie se trouve juste derrière l’horizon. Le XXe siècle a tenté de domestiquer Los Angeles.
On y construisit des gratte-ciels, comme il se doit aux USA. On insiste trop peu sur ce point : des architectes comme Franck Gehry ou Frank Lloyd Wright ont érigé ici certains de leurs chefs-d’oeuvre. On oublie aussi que les musées de Los Angeles possèdent quelques-unes des plus belles collections d’art en Amérique. Tout cela se tient caché sous les panneaux publicitaires géants et les rideaux de palmiers. L.A. reste à jamais la Babylone du showbusiness. De « Sunset Boulevard » à « Mulholland Drive » ou « Collateral », les grands films sur Los Angeles ont sculpté un mythe sexy, vénéneux et doucement décadent.
« Hotel California », l’hymne des Eagles, la décrit comme un dédale de luxe où l’on entre librement et dont on ne ressort jamais. L.A., plus que toute autre ville, tire son incomparable séduction du germe de sa destruction. L’acte final dort en elle, il palpite déjà sous nos pieds. Un jour, la faille de San Andreas s’ouvrira dans un gigantesque tremblement de terre et la cité s’en ira rejoindre les anges dans le gouffre du « big one ».
En attendant, L.A. superbe et fragile, s’écrit toujours en majuscules.
Adrien Gombeaud. Journaliste et écrivain